Spiritisme et marxisme : incompatibilité fondamentale et contradiction du “ spiritiste communiste ”
Comment peut-on défendre la charité, le libre arbitre et la réforme morale individuelle tout en prônant la lutte des classes, la révolution violente et la dictature du prolétariat ?
Introduction : Un paradoxe insoutenable
On a récemment observé un phénomène curieux et, d'un point de vue doctrinal, profondément contradictoire : des personnes qui se déclarent adeptes du spiritisme tout en défendant et en propageant les principes du marxisme, du communisme et d'autres courants de réforme sociale fondés sur la lutte des classes et la révolution violente.
Cet article n'a pas pour but d'aborder les préférences politiques personnelles. Son seul objectif est de démontrer, à la lumière des travaux fondamentaux d'Allan Kardec, que de telles positions sont… doctrinalement incompatibles. Il ne s’agit pas d’une question de “ gauche ” ou de “ droite ”, mais d’une antinomie ontologique, éthique et méthodologique, où défendre un système revient, par définition, à nier l’autre.
Comme nous l'avons résumé : le marxisme cherche à imposer une réforme sociale fondée sur le matérialisme et le bien utilitariste par la force et la violence. Le spiritisme, au contraire, repose sur le libre arbitre, la transformation intérieure et la charité comme force transformatrice. L'un annule l'autre.
L'ontologie du conflit — Matière contre Esprit
Tout l'édifice théorique du marxisme repose sur... matérialisme dialectique. Pour Karl Marx et Friedrich Engels, comme l'expriment dans Manifeste communiste, Les idées, la morale, la religion et la conscience humaine elle-même sont un superstructure — un reflet des rapports matériels de production et des intérêts de la classe dirigeante.
Au Manifeste, Elles sont catégoriques :
“ Vos propres idées sont des produits des rapports bourgeois de production et de propriété, tout comme votre droit n’est autre que la volonté de votre classe élevée au rang de loi. ” (p. 46)
Pour le matérialisme historique, la conscience humaine est déterminée par son existence matérielle et sociale. L'homme est, par essence, un être économique et de classe. Il n'existe ni âme immortelle, ni esprit préexistant ; il n'y a que matière en mouvement et conscience comme reflet de ce mouvement.
La doctrine spirite, à son tour, est née comme la l'antithèse déclarée du matérialisme. Allan Kardec affirme avec force, dans l'introduction de Le livre des esprits, …que l’une des missions du spiritisme est précisément de combattre le matérialisme :
“ En détruisant le matérialisme, qui est l'un des fléaux de la société, il fait comprendre aux hommes où se trouvent leurs véritables intérêts. ” (Le Livre des Esprits, Chapitre VIII, article 799)
Pour le spiritisme, l'homme est avant tout un esprit incarné — un être immatériel et intelligent qui préexiste au corps et lui survit. La réponse à la question “ Qu'est-ce que l'âme ? ” est simple : “ Un Esprit incarné ” (Le Livre des Esprits, q. 134). La conscience, la moralité et la pensée ne sont pas de simples reflets de la matière ; ce sont des attributs de l'âme, qui est la cause et non l'effet.
La première contradiction majeure du “ spiritualiste communiste ” est donc ontologique : Comment construire une vision du monde en niant le pilier central de sa propre croyance ? Le matérialisme marxiste nie l’existence autonome de l’Esprit ; le spiritisme, lui, vise à la prouver. L’un nie l’autre.
Le moteur de l'histoire – Lutte des classes contre réforme morale individuelle
Pour le Manifeste communiste, Le moteur de l'histoire est... lutte des classes. L'ouvrage s'ouvre sur la célèbre déclaration :
“ L’histoire de toute société jusqu’à nos jours est l’histoire des luttes de classes. ” (p. 29)
La société moderne est irrémédiablement divisée entre “ bourgeoisie et prolétariat ”, et le progrès social ne se réalise que par le conflit, l'exploitation et, finalement, la révolution. L'émancipation de la classe ouvrière “ doit être l'œuvre de la classe ouvrière elle-même ” (Manifeste, p. 20 ; préface de 1888, p. 14), dans un mouvement collectif, antagoniste et inévitable. La solidarité prônée par le marxisme est la solidarité de classe, qui est définie par opposition à une autre classe.
Selon la doctrine spirite, le véritable moteur de la transformation sociale est… réforme morale de l'individu. Dans son Voyage spirituel en 1862, Kardec analyse les systèmes socialistes utopiques de son époque (comme celui de Robert Owen) et souligne la raison de leur échec :
“ Ce qui leur manquait, ce n’était pas une armée nombreuse, mais un cœur solide. […] Leur erreur fut de vouloir bâtir un édifice en commençant par le toit, avant d’avoir posé des fondations solides. ” (Voyage spiritualiste, p. 37-38)
Quel est donc le fondement solide de la pensée de Kardec ? La transformation intérieure de l’être humain. Il est vain de modifier les institutions si l’homme demeure égoïste, orgueilleux et avide. Comme il l’affirme lui-même dans ce même discours :
“ Sans charité, il n’y a pas d’institution humaine stable. Et il ne peut y avoir de charité ni de fraternité, au sens propre du terme, sans foi. ” (Voyage spiritualiste, p. 38)
Le spiritisme propose une révolution inversée : l’homme se transforme d’abord par la charité, la connaissance de soi et ses propres efforts ; ensuite, cette multitude d’hommes transformés crée une société nouvelle par rayonnement naturel. Pour Kardec, le conflit est un vestige d’égoïsme et de barbarie, jamais un moyen vertueux ou souhaitable de progrès.
La méthode de transformation — Violence et coercition contre libre arbitre
C’est peut-être là l’incompatibilité la plus flagrante et la plus évidente entre les deux doctrines.
O Manifeste communiste Il ne laisse planer aucun doute sur les moyens d'instaurer une société communiste. Dans le dernier chapitre, les auteurs affirment sans ambages :
“Les communistes refusent de dissimuler leurs opinions et leurs objectifs. Ils déclarent ouvertement que leurs fins ne peuvent être atteintes que par… renversement violent de tout l'ordre social jusqu'à ce point. ” Les classes dirigeantes peuvent-elles trembler devant une révolution communiste ? » (pp. 64-65)
Le langage est belliqueux. On parle d“” anéantissement forcé d’une masse de forces productives “, de ” guerre industrielle d’extermination “, et la méthode proposée est la conquête violente du pouvoir politique. Le capitaliste ne se ” convertit » ni par la raison ni par la charité ; il est… exproprié, Leurs biens sont confisqués, et leur classe sociale est anéantie.
Le spiritisme, en opposition totale et absolue, est fondé sur le principe inaliénable de Libre volonté. Dans Le livre des esprits, La question est simple :
“ 843. L’homme a-t-il le libre arbitre de ses actions ? – Puisqu’il a la liberté de penser, il a aussi la liberté d’agir. Sans libre arbitre, l’homme serait une machine. ” (Le Livre des Esprits, q. 843)
Le cœur de l'évolution spirituelle est... libre et conscient choix. Nul ne peut être contraint à la bonté, et la bonté forcée est vaine. La charité véritable doit jaillir du cœur, et non être imposée par des décrets ou des lois. On ne peut “ débarrasser ” l’égoïste de son égoïsme ; il doit, par ses propres efforts et sa propre compréhension, parvenir à la conclusion que l’égoïsme est nuisible à lui-même et à autrui.
La durée des souffrances de l'esprit coupable est soumise à son amélioration personnelle
Dans Paradis et enfer, Kardec est encore plus clair lorsqu'il explique que la durée de la souffrance de l'esprit coupable est subordonnée à sa amélioration personnelle:
“ 8) La durée du châtiment dépend de l’amélioration de l’esprit coupable. Aucune peine à durée fixe n’est prononcée contre lui. Ce que Dieu exige pour mettre fin à la souffrance, c’est le repentir, l’expiation et la réparation – en somme : une amélioration sérieuse et effective, ainsi qu’un retour sincère au bien. ” (Le Ciel et l’Enfer, chapitre VIII, point 8)
La réforme est donc un acte de volonté individuelle, et non une imposition extérieure. Le spiritisme respecte le rythme, le choix et le chemin de chacun. La révolution violente, qui ne respecte la liberté de personne, est l'antithèse même de ce principe.
L'hypocrisie est ici flagrante : Comment un spirite, dont la foi repose sur la charité et le respect du libre arbitre d'autrui, peut-il défendre un système qui prône l'extermination d'une classe sociale (“ ennemi de classe ”) et la dictature du prolétariat comme étapes nécessaires vers un bien supérieur ? C'est l'antithèse même du principe “ Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'on te fasse ”.
Les preuves de la richesse et de la pauvreté : des instruments de l’évolution, et non des structures à abolir par la force.
Nous arrivons ici à un point crucial, souvent ignoré par ceux qui tentent de concilier le spiritisme avec les idéologies matérialistes.
Dans le spiritisme, la richesse et la pauvreté ne sont pas simplement des “ structures sociales injustes ” à abolir par la force. Elles sont, avant tout, preuves – les expériences nécessaires à l’apprentissage et à l’évolution de l’Esprit. Le livre des esprits, Le problème est clair :
“ 814. Pourquoi Dieu a-t-il accordé richesse et pouvoir aux uns, et misère aux autres ? – Pour les éprouver de différentes manières. De plus, comme vous le savez, ces épreuves ont été choisies par les esprits eux-mêmes, qui, cependant, y succombent souvent. ”
“ 815. Laquelle des deux épreuves est la plus terrible pour l’homme : le malheur ou la richesse ? — Toutes deux sont également terribles. La misère provoque des plaintes contre la Providence, la richesse incite à tous les excès. ” (Le Livre des Esprits, questions 814-815)
La richesse n'est donc pas un “ mal en soi ” qu'il faut éradiquer par une révolution. C'est un test dangereux, La pauvreté, en revanche, est une épreuve de résignation qui peut conduire l'esprit à la rébellion contre Dieu ou à l'humilité et à la patience. Elle peut aussi être un instrument efficace de charité et d'aide à autrui.
L'existence de ces preuves n'est pas un accident historique ni une “ injustice sociale ” à corriger par la violence. C'est un fait avéré. caractéristique de notre planète, qui se trouve à un stade spécifique de son évolution – celui de expiations et procès. Kardec explique que la Terre se transformera un jour, cessant d'être un monde d'épreuves pour devenir un monde de régénération. Dans cette nouvelle phase, les conditions matérielles seront différentes, et les esprits qui s'incarnent ici n'auront plus à subir les épreuves de la richesse et de la pauvreté.
La transformation ne se fera pas par la force.
Mais cette transformation ne s'opérera pas par la force. Ce ne sera pas une révolution violente qui la produira. Au contraire, la transformation sera… conséquence naturelle de l'évolution morale des Esprits qui habitent la Terre. Selon les propres mots de Kardec :
“ Le bien régnera sur Terre lorsque, parmi les Esprits qui viennent l’habiter, les bons prédomineront, car alors ils y feront régner l’amour et la justice, source de bien et de bonheur. C’est par le progrès moral et la pratique des lois divines que l’homme attirera les bons Esprits sur Terre et chassera les mauvais. ” (Le Livre des Esprits, question 1019)
Autrement dit : l’homme s’améliore d’abord par ses propres efforts, sa compréhension et sa volonté ; ensuite, naturellement, ses institutions s’améliorent également. La violence, la coercition et l’imposition d’un modèle par la force sont des méthodes qui appartiennent à l’ancien monde, au monde de l’égoïsme et de la barbarie – précisément le monde que nous voulons dépasser.
Un “ spiritualiste communiste ” qui prône l'expropriation forcée des riches nie en réalité la raison d'être même de la richesse, à savoir une épreuve. Autrement dit, il affirme : “ La richesse n'est pas une épreuve pour l'Esprit ; ce n'est qu'un vol à réparer par la violence. ” Ce faisant, il propose une méthode qui ne transforme personne – elle ne fait qu'effrayer et asservir – et qui, de ce fait, est inutile au véritable progrès spirituel de l'humanité.
La critique spirite des systèmes de réforme sociale
Il est important de noter qu'Allan Kardec n'était pas naïf. Il connaissait bien les systèmes de réforme sociale de son époque (socialisme utopique, fouriérisme, owénisme) et les analysait de manière critique. Voyage spirituel en 1862, Il livre une analyse étonnamment pertinente, qui pourrait très bien être dirigée contre le marxisme :
“ Certains hommes bien intentionnés, touchés par la souffrance d’une partie de leurs semblables, pensaient trouver le remède au mal dans certaines doctrines de réforme sociale. […] Les auteurs, fondateurs ou promoteurs de tous ces systèmes, sans exception, visaient uniquement à organiser la vie matérielle de manière à ce que chacun en profite. Ce but est sans aucun doute louable. Reste à savoir si, dans cet édifice, le fondement qui seul pourrait le consolider ne fait pas défaut. ” (Voyage spiritualiste, p. 36)
Et quel est le fondement manquant ? Réponse de Kardec :
“ La vie communautaire est le renoncement le plus total à soi-même. Elle exige le dévouement le plus absolu, car chacun doit y contribuer de sa propre personne. Or, le motif de ce renoncement et de ce dévouement est la charité, c’est-à-dire l’amour du prochain. Cependant, il faut reconnaître que la charité repose sur la foi ; que le manque de foi conduit au matérialisme, et le matérialisme à l’égoïsme. ” (Voyage spiritualiste, p. 37)
La critique de Kardec est pertinente : les systèmes de réforme sociale qui ignorent la dimension spirituelle de l’homme sont voués à l’échec car ils tentent de fonder la fraternité sur l’égoïsme, la solidarité sur l’incrédulité. Le marxisme, en niant Dieu, l’âme et l’au-delà, supprime précisément le fondement qui pourrait soutenir l’altruisme et le dévouement désintéressé.
De plus, en tentant d'imposer par la force ce qui devrait jaillir du cœur, de tels systèmes non seulement échouent à transformer l'homme, mais l'endurcissent davantage encore, à l'image de l'Esprit qui se rebelle contre Dieu face à l'épreuve. La révolution violente engendre des révolutionnaires aigris, non des hommes de bien.
Conclusion : L’incohérence est doctrinale, et non politique.
Défendre simultanément le communisme et le spiritisme n'est pas une question d'“ ouverture politique ” ou de “ pluralisme des idées ”. C'est une question de contradiction logique et doctrinale fondamentale, comparable à défendre à la fois l'athéisme et le sacerdoce.
Quiconque se dit spirite et se proclame marxiste ou communiste doit, à tout le moins, expliquer comment il concilie ces deux idéologies.
| Doctrine spirite | Marxisme-Communisme |
|---|---|
| Il croit en l'immortalité et à la préexistence de l'âme. | Il affirme que la conscience est un reflet de la matière. |
| Le moteur de l'histoire est la réforme morale individuelle. | Le moteur de l'histoire est la lutte des classes. |
| La méthode repose sur la charité, l'exemple et la persuasion. | La méthode employée est la révolution violente et la dictature. |
| Le progrès dépend du libre arbitre de chaque individu. | Le progrès exige l'instauration d'un nouvel ordre. |
| La richesse et la pauvreté sont preuves pour l'Esprit | La richesse est, par définition, le résultat de l'exploitation. |
| La transformation sociale est une conséquence de l'évolution morale. | La transformation sociale est la cause de l'évolution humaine. |
| La fin des inégalités surviendra naturellement avec le progrès moral. | La fin des inégalités doit être imposée par la force. |
Il ne s'agit pas de défendre le capitalisme ni aucun autre système. Il s'agit de reconnaître que le spiritisme propose une voie originale et unique : la transformation par l'éducation, la foi rationnelle, l'exemple et la charité. Adopter la logique marxiste, c'est fondamentalement faire preuve d'une profonde… l'incrédulité quant au pouvoir réformateur du spiritisme.
En pratique, cela signifie que la charité, l'amour du prochain et le libre arbitre ne suffisent pas à changer le monde, et que la violence est nécessaire pour réformer la société. C'est affirmer que l'exemple de Jésus – qui prêchait le pardon, la miséricorde et la transformation par l'amour – est impuissant face à la force des armes et des barricades.
Un véritable spirite comprend que les épreuves de la richesse et de la pauvreté sont nécessaires à l'apprentissage des esprits incarnés sur Terre. Il sait qu'il ne peut, par la force, abolir ces épreuves sans porter atteinte au libre arbitre et à l'évolution de ses frères et sœurs. Ce qu'il peut – et doit – faire, c'est, par son propre exemple de détachement et de charité, aider ceux qui l'entourent à comprendre le véritable sens du bonheur et du bien.
Et lorsque suffisamment d'Esprits auront compris cela, la Terre se transformera naturellement et les épreuves laisseront place à la régénération. Mais cette transformation sera l'aboutissement d'un long processus… conscience volontaire, non pas par imposition violente.
Mesdames et Messieurs, ceci est tout le contraire de ce qu'Allan Kardec nous a appris.
Le véritable spirite n'attend pas de l'État qu'il le contraigne à la bonté. Il s'efforce, jour après jour, de se réformer intérieurement, convaincu que c'est par l'exemple, la parole et la charité que le cœur humain se transforme – et que c'est en transformant les cœurs un à un que le monde se transformera. Comme le disait Kardec dans son… Voyage spirituel:
“ Soyez bons envers vos frères, soyez bons envers le monde entier, soyez bons envers vos ennemis ! […] Accomplissez ces miracles et Dieu vous bénira. ” (Voyage spirite, p. 43)
Dans cette vision, il n'y a pas de place pour la haine de classe, la révolution violente ni la dictature du prolétariat. Il n'y a que le travail silencieux, continu et transformateur de la conscience qui, libérée de l'égoïsme, bâtit, pierre par pierre, le royaume du bien sur Terre. Que chacun choisisse sa voie. Mais qu'il ne nomme pas Spiritisme ce qui en est la négation la plus absolue.
Allan Kardéc (Paris, 1865)
“ Le spiritisme n’a pas engendré le renouveau social, car la maturité de l’humanité rend ce renouveau nécessaire. Par sa force moralisatrice, ses aspirations progressistes, l’élévation de ses objectifs et la portée des questions qu’il aborde, le spiritisme est, plus que toute autre doctrine, capable de soutenir le mouvement de régénération. C’est pourquoi il est si actuel. Il est apparu à une époque où il pouvait se révéler utile, car son heure est venue. ” (Genèse, chapitre XVIII, article 23)